Un amoureux des Grottes

Severine Écrit par Severine

Christophe BOUQUET, co-gérant et conservateur de la grotte de la Cocalière nous a accueilli à bras ouverts

Natif de ces terres, il grandit à Foussignargues dans le Gard. Il est co-gérant du site de la Grotte de la Cocalière. Il est aussi le président de la commission communication de l'ANECAT (Association Nationale des Exploitants de Cavernes Aménagées pour le Tourisme). Au sein de cette association, il a organisé la deuxième édition des Journées Nationales des Grottes Touristiques dont les dons ont été presque intégralement reversés à l'Association des Enfants de la Lune. Enfin, Christophe détient l'attestation de la formation aménagée pour le tourisme auprès du CNRS de l'Ariège, décernée par l'ANECAT, l'habilitant ainsi à être guide. 


Un peu d'Histoire

Située à Courry, entre le Gard et l’Ardèche, dans le Parc National des Cévennes, la Grotte de la Cocalière accueille chaque année un grand nombre de visiteurs venus du monde entier. Plus de 120 000 personnes s'y sont déplacées en 2014.

Christophe BOUQUET et son frère Jérôme gèrent de cette cavité depuis 1999. Ils sont les fils de Christian BOUQUET, ingénieur de profession, géologue et spéléologue de passion. Il est le co-inventeur de cette Grotte avec Mr MARTI en 1952. Il faudra attendre 1967 avant qu'elle ne soit ouverte au public. Les forages nécessitèrent le savoir-faire minier de l’industrie houillère très présente à cette époque, notamment celle du Pays de Banne. Une fois le site ouvert au grand public, il est intéressant de souligner qu'il y a eu deux temps d'aménagements de la visite. Au départ, les visiteurs s'aventuraient jusqu'au campement spéléo et rebroussaient chemin pour sortir de la grotte, à l’endroit même par lequel ils étaient entrés. Puis, la cavité fut forée un peu plus en aval, pour donner accès à la sortie actuelle, au niveau des vestiges préhistoriques permettant un retour en petit train traversant le site extérieur de la Grotte.



Les particularités de la Cocalière

La Cocalière se différencie des autres grottes de la région par sa datation. En effet, son calcaire, daté du Jurassique Supérieur (plus de 140 millions d’années), a la particularité d’être un calcaire dur. C’est ce type de calcaire qui permit à la grotte d’être creusée sous forme d’un écoulement d’eau. Dans ce sens, la cavité dispose de grandes galeries offrant une entrée et une sortie distinctes. Par ailleurs, les volumes intérieurs de cette dernière sont moins importants et le cheminement est plus étroit que ses voisines. La forte présence d’eau permet d'y observer de magnifiques gours.

En comparaison, le calcaire de certaines autres cavités est plus récent : il date de la période urgonienne (à partir de -130 millions d’années). Ce type de calcaire a la particularité d'être plus soft et tendre, ce qui permit à l’eau de creuser des galeries bien plus volumineuses.

La forte concentration de calcite visible sur les parois donne un effet très brillant et scintillant : ce qui lui vaut parfois l'appellation de la Grotte aux Diamants. Elle est aussi une des seules à posséder une perle des cavernes, représentée tel un joyau.



Zoom sur le développement durable

En 2011, Christophe et Jérôme signent la Charte Européenne du Tourisme Durable dans le but de répondre aux exigences permettant l’aménagement, la valorisation, la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine de ce site exceptionnel. Valeurs auxquelles ils sont très attachés tous les deux. Ils publient également un article pour le grand public pour le Parc National des Cévennes.

En accord avec les exigences de cette charte,  sur le site extérieur de cent hectares, une nouveauté va bientôt voir le jour ayant pour objectif de valoriser le patrimoine et le territoire de la Grotte de la Cocalière. Tout au long du sentier découverte déjà existant, vont être installés des panneaux illustrant l'évolution du site à travers le temps. L'accent sera mis par exemple sur le réchauffement climatique, facteur inquiétant pour la survie de la faune et de la flore présentes dans leur habitat naturel. Le visiteur ira de surprise en surprise, guidé par une mascotte dont nous tairons le nom pour garder un petit peu de suspense.


L'aspect économique ?

Curieuse de savoir si la récente ouverture de la Caverne du Pont d’Arc, risquait de pénaliser la Grotte de la Cocalière. Christophe n’a pas un avis tranché sur la question. Ayant lui-même visité la véritable Grotte Chauvet puis la reconstitution, il me confia : « Qui vivra, verra ! ». 

Au fil de la discussion, des problématiques surgirent quant à la saisonnalité estivale profondément ancrée dans les moeurs ardéchoises. De ce fait, le manque crucial d'hébergements ouverts à l'année est un facteur déterminant qui pousse de nombreux sites touristiques à fermer à leur tour pendant la saison hivernale. Contrairement à la Dordogne, où les lieux touristiques culturels et gastronomiques restent ouverts pendant 12 mois. 


Quelques anecdotes que Christophe a bien voulu nous confier :

1° Dans le nom Cocalière, nous retrouvons Coca... Oui, et alors ? Et bien sachez que le géant mondial des sodas s'empressa de dénoncer l'appellation de la Grotte pour utilisation de marque déposée ! Rassurez-vous, après discussion, il abandonna ses poursuites. 

2° Savez-vous ce que signifie Cocalière ? Tout simplement : « le creux où pousse le lierre ».

3° Et la Courpatière à votre avis ? A savoir que c'est la zone affaissée de la Cocalière et que son nom peut être traduit comme tel : « l’endroit où nichent les courpatas ». Les courpatas signifiant "corbeaux" en patois.

4° La Cocalière abrita un record ! Celui de la plus longue durée passée sous terre, réalisé par Pascal BARNIER en 1992. En effet, il vécu dans la Grotte pendant 113 jours !

5° Le célèbre photographe Lucien CLERGUE, décédé à l’âge de 80 ans en 2014, qui fut le photographe de Pablo Picasso, président de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France, co-fondateur des Rencontres Internationales de la Photographie (aujourd’hui les Rencontres d’Arles), vint prendre des clichés de nu dans la Grotte. 


6° C’est la première Grotte a avoir fait imprimer de vrais billets de banque d’un valeur de 0 € : « Se sont de vrais faux billets » (sourire)


7° Courry dénombre à elle-seule pas moins de 30 dolmens dont deux sont situés sur le site de la Cocalière avec notamment des tumulus.

8° Christophe me fait part d’une dernière anecdote faisant référence au culte de Mithra. Les documentations écrites liées à ce culte à mystères sont inexistantes puisque sa transmission se faisait seulement à l’oral. Seules les iconographies permettent d’essayer d’analyser les rituels et de les comprendre. Ainsi existent plusieurs interprétations du sacrifice pratiqué : la tauroctonie (sacrifice d'un taureau). Un bas-relief à Bourg-Saint-Andéol, non loin d’ici, représente ce culte.

Un lien peut être alors établit entre ce culte et une découverte qu’a faite Christian BOUQUET. En effet, un jour il découvrit derrière le mur d’une petite grotte située sur le sentier de la découverte, des fœtus. Il pensa tout d’abord à ceux d’humains, et il s’avéra après expertise, qu’il s’agissait de fœtus de bovidés. Il est alors probable de faire le rapprochement entre le culte du Mithra, très présent dans la région à une époque et les fœtus de bovidés retrouvés sur le site. 


Nous remercions chaleureusement Christophe pour sa gentillesse, son accueil et le temps qu'il nous a consacré. Nous lui souhaitons de la réussite dans l'ensemble de ses projets et une très bonne saison 2015 !




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